Ouistreham : les migrants survivent grâce aux habitants

4 janvier 2018

Sur le port, les migrants tentent d’embarquer pour l’Angleterre. Un spectacle devenu banal pour les habitants de Ouistreham. Entre désespoir, solidarité et inquiétude, c’est toute une ville qui s’interroge alors que l’hiver s’est installé.

Une vie au rythme des ferrys

Leur vie passe au rythme des ferrys. Trois par jour. C’est autant de chances pour les réfugiés de Ouistreham d’espérer monter dans un de ces camions en partance pour Portsmouth, en Angleterre. Ils seraient plus de 150 dans la petite ville portuaire. Majoritairement Soudanais, ces migrants trouvent actuellement refuge dans les bois. Beaucoup dorment dans la rue.

« Ils sont tous morts à la guerre »

Ismaeil a 19 ans. Il a quitté le Soudan il y a quelques mois en espérant rallier l’Angleterre. Il vient du Darfour. Depuis 2003, cette région à l’Ouest du pays est en proie à une grave crise politique et humanitaire qui aurait poussé plus de trois millions de personnes à fuir le pays. « Je suis tout seul ici. Je n’ai ni ma mère, ni mes frères et sœurs avec moi. Ils sont tous morts à la guerre » nous confie-t-il sous un abris-bus de Ouistreham. Ismaeil nous raconte aussi le froid, le manque de nourriture et les dures nuits passées sans dormir sur le port.

Son histoire, elle n’est qu’une parmi de toutes celles que ces jeunes migrants ont embarquées avec eux. Au Soudan, Ahmed était étudiant, il voudrait devenir avocat. Un autre jeune homme, dans un anglais approximatif, nous confie qu’il aurait passé quatre mois en prison en Libye. A Ouistreham, ces hommes majoritairement Soudanais, tentent chaque jour d’embarquer sur les ferrys sous le regard inquiet des habitants.

« On ne peut pas les regarder sans rien faire »

Le CAMO, le Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham, leur vient en aide. Deux fois par semaine, sur un parking au bord de l’eau, les bénévoles leur distribuent des repas chauds, des vêtements et leur prodiguent quelques soins médicaux. « On ne peut pas les regarder sans rien faire » s’était insurgée Guillemette, une habitante d’Hermanville. Pour cet hiver, ces bénévoles estiment que le principal problème, ce n’est plus la nourriture mais l’hébergement

« On leur pique leur duvet, leur téléphone. C’est du harcèlement. Ces hommes ont connu pire, ils ont vu des corps flotter sur la Méditerranée, mais ce n’est pas une raison. C’est dramatique », s’émeut Michel Martinez, un des fondateurs du Camo. Le collectif accuse même certains gendarmes mobiles de dérives ponctuelles (usage de gaz lacrymogène), mais la préfecture assure que les forces de l’ordre interviennent dans le respect de la loi et rappelle les risques pour leur vie que prennent les migrants en tentant de monter clandestinement sur un ferry. En attendant « ce sont les citoyens qui se débrouillent pour que les migrants ne meurent pas de froid ou de faim dans les bois », déplore Michel Martinez « .

Reportage : France info.

La solidarité joue à fond à Ouistreham

ARTICLE INTRANET DES RESTOS.

 Janvier 2018

Actuellement, près de 150 jeunes hommes, majoritairement soudanais, qui ont entre 15 et 25 ans, vivent dans les rues d’Ouistreham dans le plus grand dénuement.

Saluons l’initiative d’une vingtaine de bénévoles des Restos du Cœur du Calvados, qui pour leur venir en aide, ont mis en place, en urgence, une nouvelle maraude. La création de cette maraude a permis de recruter de nouveaux bénévoles parmi les particuliers qui intervenaient à titre individuel.

Les jeunes rencontrés sont là depuis plusieurs mois et souhaitent se rendre en Angleterre. Ils tentent de monter dans les camions avant leur embarquement dans les ferries. Ils considèrent ne pas avoir de perspective en France  mais semblent ignorer les démarches de demande d’asile.

En plus de l’aide alimentaire, les équipes Restos apportent un peu de réconfort et distribuent des produits textiles pour lutter contre le froid et des produits d’hygiène. Les duvets sont très demandés : 240 ont été distribués en quelques jours.

En parallèle, des médecins et infirmières libéraux assurent des soins le samedi, des habitants d’Ouistreham accompagnent les personnes accidentées lors des tentatives d’embarquement sur les ferries au CHU de Caen, tandis que d’autres leur offrent un toit.

La situation de ces jeunes est extrêmement préoccupante car ils ne disposent d’aucun lieu pour s’abriter dans cette commune. Ils errent jour et nuit pour lutter contre le froid et sont délogés par la police dès qu’ils se posent.

Dans la journée, ils peuvent se rendre à Caen où un Accueil de jour leur permet de se doucher et de se poser au chaud et à l’abri.

 

Les migrants se sont installés dans les bois.

Ces migrants attendent dans un fossé qu’un camion s’arrête à la station service d’en face pour tenter d’y monter.